1 février 1843

« 1 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 99-100], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4054, page consultée le 09 mai 2026.

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Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon Toto chéri. Je t’aime. Comment vas-tu ? Moi je ne sais pas ce qu’est devenue ma servarde. Voilà une heure que je la sonne dans le désert. Enfin, la voici, ça n’est pas malheureux et je prévois d’avance les raisons, fort peu raisonnables, qu’elle va me donner. Il n’y a rien de plus désagréable et de plus agaçant au monde que le service de cette fille. Parlons d’autre chose car vraiment cela finit par me mettre en colère pour de bon.
J’aime mieux parler du beau temps. Me feras-tu sortir aujourd’hui ? Il fait un temps ravissant. Cependant je n’y compte pas, ainsi ne te gêne pas. Je sais que tu ne t’appartiens pas et à moi encore moins, aussi je ne fais aucun fond sur toi, c’est-à-dire pour ce qui s’agit de ton loisir, c’est-à-dire de mon bonheur, peu de chose en vérité, mais, pour ton cœur, c’est différent. Je ne suis pas disposéea à en céder quoi que ce soit à qui que ce soit. Voilà mon genre.
J’attends une visite ou au moins une lettre de l’affreuse Ribot ces jours-ci : tu ne saurais croire combien j’appréhende de me retrouver avec cette hideuse créature. Cependant il le faut, je le sais mais cela m’ennuie terriblement. Quand donc serons-nous tranquilles tous autant que nous sommes ? Je t’aime, voilà ce qui me donne du courage et de la résignation. Même je te dirai que les ennuis dont je te parle ne tiennent pas devant un sourire de toi et que je suis la plus heureuse des femmes dès que je te vois. C’est dommage que je te voie si peu souvent. Te voilà débarrassé pour aujourd’hui. Mais non j’y pense, Mme Mélingue a succédé à Mlle Fitz-James, il n’y a rien de changé pour ton temps. Eh ! bien mon Toto, viens quand tu pourras, tu es toujours sûr que le plus tôt sera le meilleur pour moi.

Juliette.


Notes manuscriptologiques

a « disposé ».


« 1 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 101-102], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4054, page consultée le 09 mai 2026.

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Ce n’est pas sérieusement n’est-ce pas, mon bien-aimé, que tu m’as menacée de ne pas venir ce soir ? Tu n’en as pas le droit, d’abord, et puis je serais trop malheureuse si je ne te voyais pas un pauvre petit moment avant de me coucher. Et puis seconde raison, très péremptoire, c’est que vous avez oublié de m’apporter les journaux et ça ne peut pas se passer comme ça. Vous savez bien qu’il faut que je sache les nouvelles. Je ne sais pas pourquoi, cet oubli ne flaire pas baume. Il y a probablement des choses que vous avez intérêt à me cacher. Si j’en étais sûre, je ne sais pas ce que je vous ferais. Vous voyez donc bien qu’il faut que vous veniez vous justifier au plus vite. Voici Mme Franque qui vient passer la soirée avec moi.

10 h. du soir

Mme Franque vient de s’en aller et moi je viens finir mon gribouillis comme je l’ai commencé, en vous suppliant de venir ce soir, n’importe à quelle heure, pourvu que je vous voie un tout petit moment avant de m’endormir.
Mon bon petit homme chéri, tâche de venir. Je serai si triste et je passerai une si mauvaise nuit si je ne te vois pas. N’est-ce pas que tu vas venir, mon cher bien-aimé ? Je vais prier le bon Dieu pour ça. En attendant je t’aime de toute mon âme quoiqu’il y ait toujours un petit coin noir. Les auteurs n’ont pas de coin1 mais le cœur de Juju en a où il se loge souvent bien des chagrins et bien des tourments. Ce soir par exemple, j’en ai un très noir et que ta présence seule pourra éclaicir.

Juliette


Notes

1 Citation à élucider.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.